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Heuristique & Sémiologique

 

DE LA SIGLAISON

Filed under: Verbe,Webzette n° 9 — Author : — 25 Jul 2006 —

Toute langue, tout langage obéit, entre autres, à une loi économique, d’efficacité et de rendement qui impose que le rapport : signifié/signifiant ou sens/expression (orale ou écrite) soit le plus grand possible. Si on considère que le numérateur est une donnée invariable, il convient d’agir sur le dénominateur donc de le réduire. On peut quantifier l’expression par sa durée, voire par le coût de sa “communication”. Ainsi s’explique le recours au lapidaire SMS qui se doit d’être le plus court, le plus concis, vite écrit, transmis et lu. Et bien sûr le volume d’encre, la surface du papier, le nombre de bits et de pixels, relèvent de cette quantification comme la loi du moindre effort ! En 1970 Robert Beauvais dans “L’hexagonal tel qu’on le parle” stigmatisait “ces mots plus gros que les choses” ( mauvais rendement). La langue anglaise est plus efficace (de ce point de vue) que la Française, un texte en Anglais est toujours plus court que sa traduction française. L’Américain parlé devient de plus en plus monosyllabique, ramassant le sens autour de la syllabe tonique, certains mots semblent aboyés ! En Français on conseille de préférer le mot le plus expressif à la périphrase dont Hugo (Les Contemplations) disait, paradoxalement, qu’il en avait tordu la spirale.

Quand le Français a émergé du Latin il a transformé des dissylabes en monosyllabes et des trisyllabes en dissyllabes, Toujours au nom de l’économie, au cours des siècles il a utilisé maints procédés pour “faire plus court” : réduction, abréviation, contraction, diminutif, mot-valise, .. et la siglaison !
La siglaison procède de la “réduction” graphique et phonétique dans la mesure où elle assure la présence des constituants d’un groupe de mots soit par la première lettre de chaque constituant, soit par une fraction syllabique (acronyme). Dans son principe le sigle, qui est d’origine Romaine, est d’abord graphique. Chaque lettre recevant l’appui d’une voyelle, est prononcée et constitue par conséquent une syllabe et le sigle, un mot (SOS, SNCF, CNRS, CGT…) dont le genre est le plus souvent celui du premier constituant. Parfois ce mot devient base susceptible d’affixation (cégétiste, faxer, refaxer, smicard, énarque,..). De toute évidence cette tendance à la siglaison s’est accélérée sous l’influence de “l’Anglo-Américain industriel et commercial” dès le début du 20 ème siècle puis avec l’avènement de l’informatique, de la Toile et de la mondialisation. Le Français compte plusieurs milliers de sigles, mais certains ont une vie éphémère : qui se souvient de JJSS, de l’UDR, de l’UDSR, de SIMCA,….? Chaque jour c’est par centaines que nous les trouvons dans la Presse, la Publicité ou sur les pavés ! Le sigle se construit sur de l’arbitraire, mais il arrive (et de plus en plus) que l’on distorde le groupe de mots pour que sa siglaison soit facilement prononçable, identifiable, mémorisable, logotypable, efficacité au “carré” !! Ne tenant qu’à une lettre, ayant rompu tout lien avec sa source, le sigle est de grande ambiguïté, ce qui explique tous les détournements dont il peut faire l’objet, et la nécessité pour le décoder de le rapporter à son contexte. “Pierre rejoint le PC”, s’il est militaire il rejoint le Poste de Commandement, s’il est militant politique il adhère au Parti Communiste, s’il se rend au” PC du PC” on dira au “QG du PC”, bien que la proposition initiale ne soit pas réversible ! “TNT”, si vous êtes chimiste vous traduirez par “composé de chimie organique; TriNitroToluène” ; si vous êtes artificier ou mineur, le TNT est un puissant explosif ; si vous êtes un stratège de l’arme nucléaire (nul n’est parfait ! ) la masse de TNT vous servira à chiffrer la puissance d’une bombe A ou H (ah ! ah!) ; si, plus prosaïquement, vous êtes un accro de la TV, pour vous TNT = Télévision Numérique Terrestre. Homonymie. Parmi les sigles d’origine américaine certains sont francisés avant siglaison : ONU, OTAN,… d’autres sont admis tels qu’ils nous arrivent : UNESCO, LASER = Light Amplification by Stimulated Emission of Radiations (adopté avec bonheur puisqu’on le décline très facilement en français)…etc, ETC.

Il y a, dans le sigle, comme un “trait”. Grâce à son économie graphique, il se trace rapidement, pointe, désigne, marque et souligne. On le graffite, on le tague ou on le dessine d’une main appliquée et précieuse. Grâce à son économie phonique qui ne garde que le saillant des initiales on l’épèle en scansion d’éléments caractéristiques, de traits distinctifs. Grâce à son ambiguïté il peut devenir sarcasme, trait d’esprit. Epigramme !

Il faut, de siglaison,
User avec plus que de raison.
Pour voir sous l’inscription,
De la loi mâtine
La sinistre injonction :
Courber Poliment l’Echine.

 

 

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Lyon - http://www.lepercolateur.info/ - Date d´édition: 2020-08-12 20:47:23 -

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